Cover to Cover par Ho Tam: la publication d’artiste comme pratique archiviste

02/09/2018 - 18:00 - 03/11/2018 - 17:00

par Candace Mooers.

L’auto-publication est avant tout une revendication d’espace. Il n’y s’agit pas de demander la permission d’un comité de juré-e-s ou de se faire examiner par des pair-e-s ou des éditeur-trice-s. Il y est plutôt question d’une occurrence d’autonomie, émanant du désir de s’impliquer dans le monde selon des termes propres à soi. La qualité DIY qui informe l’auto-publication est ainsi ancrée dans l’autodétermination : elle n’attend pas qu’autrui œuvre pour nous.

Ayant exposé à articule en 1995, Ho Tam revient sur les lieux avec une exposition consacrée à sa pratique de publication. Le projet intitulé Cover to Cover combine des photographies, des vidéos, des affiches issues de ses ouvrages publiés ainsi qu’une collection de livres. Ho Tam nous fait part de sa position. « Dans mon travail, j’explore souvent mon identité d’homme asiatique gai et vivant en Amérique du Nord », écrit-il de Vancouver, « ces livres s’intéressent au ‘comment’ de mon insertion dans le monde en tant qu’artiste ».

Né à Hong Kong, Ho Tam a étudié à Toronto et travaillé dans les domaines de la publicité et de la psychiatrie communautaire avant de se tourner vers l’art. Il débute son parcours en collaborant avec d’autres artistes à la conception et à la distribution indépendante de leurs publications, puis s’engage dans une pratique artistique centrée sur la fabrication de ses propres livres d’artiste. « La publication », dit-il, « est devenue ma pratique artistique primaire et mon mode préféré de création et de distribution d’œuvres ».

Du concept initial et en passant par le texte écrit et la sélection des œuvres, Ho Tam a produit plus de 30 projets individuels. Il a eu l’occasion de discuter de son rôle d’artiste-éditeur lors de l’une de ses récentes visites à Montréal et formulé le constat qui suit, « les publications sont très intéressées par l’affirmation de l’autonomie artistique à travers l’usage de la publication en tant que mode d’archivage pour la pratique de l’artiste ».[1]

Si certaines de ses œuvres sont disponibles en ligne, ou encore abritées dans les collections d’arts de plusieurs bibliothèques, l’exposition Cover to Cover est une rare opportunité de rencontrer les travaux de l’artiste rassemblés dans un corpus couvrant une période de plus de deux décennies. Les œuvres de ses débuts en particulier sont réminiscentes des fanzines et emploient des techniques d’impression et de reliure diversifiées, dont l’impression offset, la sérigraphie ou les technologies d’impression des plans architecturaux (blueprint).

Ses publications les plus récentes incluent les projets digitaux Hotam et Poser disponibles pour impression sur demande. L’on y retrouve des photographies ludiques faites comme des publicités de magazines. Dans le style Pop art, elles donnent à voir des images répétitives de l’artiste lui-même (dans Hotam) ou encore de personnes qu’il rencontre dans la rue (dans Poser). Ces œuvres récentes portent une invitation à réfléchir sur l’usage des matériaux visuels dans le domaine de la publication et sur les enjeux actuels de la reproduction des photographies issues de banques d’images commerciales. Le geste d'encadrement de Ho Tam nous rappelle ainsi que les images existent pour nous raconter des histoires, sur nous-mêmes, sur nos attentes et sur nos désirs. Des mises en scène nous demandent qui devient un meme ? Mais encore, qui a la possibilité de figurer sur la couverture d’un magazine ?

Ces publications récentes constituent également des expérimentations dans le domaine du design graphique digital. Ayant pour point de départ le projet d’une série de photographies, l’artiste « décide de photographier toutes les personnes du monde, cela aboutit à une étude en typographie ». Cette déclaration de l’artiste est un testament au type d’heureux hasard qui peut se produire lorsque nous jouons avec les images. Dans les mots de la graphiste Lynda Barry, elle-même décrivant son procès de travail : l’image se met en place.[2]

Cover to Cover touche à un large éventail d’idées : des récits personnels, des conceptions culturelles ainsi que des notions issues de l’ethnographie et des études du genre. Connu pour son exploration des identités masculines asiatiques, il n’est pas difficile effectivement de comprendre le corpus de l’artiste comme une réaction aux stéréotypes homogènes. Commentant son aptitude à subvertir le gaze du/de la regardant-e, l’artiste écrit, « Parfois, les ‘magazines’ sont vus comme une réponse aux contre-réactions aux représentations erronées et aux stéréotypes des médias de masse”. Il insiste néanmoins que chaque œuvre tient seule en elle-même, et ne se limite pas aux enjeux de race, de masculinité et d’identités sexuelles. L’exposition Cover to Cover, qui inclue les projets Hotam et Poser, nous amène à réfléchir au rôle de la publication comme pratique. Par ailleurs, en tant qu’archive, chaque publication est l’extension de la vie d’une idée à l’ère du digital éphémère. L’artiste considère que c’est un appel à « inviter l’audience à la contemplation de la contradiction et de la complexité de notre existence propre dans le contexte de notre époque ».   

 

 

[1] Lors d’une discussion présentée à Artexte, dans le contexte d’une co-présentation de la foire du livre Queer entre les couvertures et de Qouleur lors du festival de fierté alternatif Pervers/cité en 2016.

 

[2]   Barry, Lynda. 2008. Judging a book by its cover. Entrevue avec Bill Douglas. Harbourfront Centre,Toronto, Ontario, October 26.

Project(s): 
Participating artists: 
Candace Mooers

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